Le Jour où les Films sont Morts – article de GQ

Maintenant que vous commencez à me connaitre, vous savez ce que je pense de l’industrie du cinéma des dernières années.

Il est clair que  la qualité du 7° Art a chuté, et que maintenant la plupart des Studios se contente de nous balancer des successions d’Fx, certes magnifiques, mais soutenu par un néant – ou presque – scénaristique.

Et ceci n’est pas qu’un fantasme de ma part : désormais la plupart des productions dans les gros studios sont lancées SANS MÊME avoir de script, et il comble le retard en écrivant le scénario AU FUR ET A MESURE que le tournage se produit. On essaie de maquiller l’arnaque avec des magnifiques explosions, cascades et acteurs hors de prix pour appâter le chaland, mais, je suis désolée, ce n’est pas comme ça que cela devrait marcher.

Je ne pense pas être la seule à penser qu’un divertissement écervelé fait du bien de temps en temps mais que la qualité d’un film – et son évaluation, que ce soit par les critiques ou les récompenses – ne devraient principalement reposer que sur la qualité de l’histoire – et le jeu des acteurs.

Mark Harris a écrit un article pour GQ, appelé The Day Movies Died, dans lequel il propose un topo du cinéma depuis Top Gun jusque Inception.

Voici un extrait, traduit de mon mieux par ce dimanche matin – soyez cléments, lol.😉

———————-

[…] Prenons un exemple : Quelques années de celà, un réalisateur au top, le type qui était derrière le 3° film le plus prolifique d’Hollywood, The Dark Knight, débarque avec une idée pour un film gros budget estival. C’est une histoire qui lui tient à coeur – en fait, il l’a même écrite lui même – et il appartient à un genre, le thriller d’anticipation, qui file comme une flèche le boulevard des Goûts du Public Américain. Il trouve un super acteur pour son rôle principal, Leonardo Di Caprio, le type qui, lui, a joué dans le 2° film le plus prolifique d’Hollywood. Enfin, pour mettre vraiment toutes les chances de son côté, il engage une demi-douzaine de nominés et de gagnants aux Oscars pour les seconds rôles.

On dirait bien un carton plein, non ? Exactement le genre de film qu’un studio mourrait d’avoir et qu’un public tuerait pour aller voir? Et ben, c’était le cas. Ce film, Inception de Chris Nolan, a reçu des critiques dithyrambiques, a fait le buzz de l’été dernier et a rapporté plus de 750 millions de dollars.

Maintenant, où je voulais en venir : Les studios ont vraiment fait de leur mieux pour ignorer ce succès.

Avant même que qui que ce soit n’ait visionné le film, la rumeur dans le métier était : « C’est juste une faveur que fait la Warner à Nolan parce qu’ils ont vraiment besoin de lui sur Batman 3« .

Après le début de visionnage, on a changé la directive du parti : « C’est trop recherché pour le panel, trop recherché pour l’été, trop recherché pour l’audience. »

Juste avant la sortie officielle en salles obscures, on a re-changé encore : « Nolan a juste un impact sur la communauté Geek d’Internet, et son pouvoir d’attraction a été largement surestimé« .

Après qu’Inception ait engrangé 62 millions de dollars sur sa première semaine : « Mouais, c’est pas mal, mais bon, tous les fans de Nolan se sont précipités la première semaine, maintenant, le CA va tomber au fin fond du gouffre. »

Et, 3 mois plus tard, quand Inception est devenue la seule sortie de 2010 à tenir 11 semaines consécutive au top ten : « Ouais, bon, vous ne pouvez jamais savoir… »

[…]

Les pros du marketing ont également maintenant un nouveau dada : la démographie.

Comme n’importe qui à Hollywood vous le dira, l’audience américaine est divisée de 2 manières : par le sexe et par l’âge. Le sexe, parle de lui même – en général-, et la ligne séparatrice pou le critère d’âge est… 25 ans. Evidemment, tous les gros pontes des studios rêvent d’un film comme Avatar qui toucherait les 4 quadrants du public : hommes, femmes, jeunes et pas jeunes. Mais, si on arrive à faire tenir le budget d’un film dans une certaine fourchette, un film visant 2 quadrants – voire qu’un seul – est une proposition commerciale considérée comme viable.

A Hollywood cependant, les 4 quadrants ont été créés tout, sauf égaux.

Par exemple, si vous avez un vagin, vous avez, grosso modo, pas de chance, parce que les femmes, selon les studios, sont considérées comme une audience qui ne vaut généralement pas la peine que l’on prenne le temps de la cerner, en dehors de l’apparition de Sandra Bullock devant la caméra ou de Nicholas Sparks derrière le stylo.

Et, si vous êtes né avant 1985... et ben… je suis au regret de vous annoncer qu’aux yeux d’Hollywood et des gamins de la génération internet, vous êtes des « VIEUX ».

Je sais, je sais, vous pensiez que VOUS étiez la génération internet. Mais pas les studios, puisqu’ils estiment que plus vous vous rapprochez – ou vous éloigniez, une fois le point de non retour dépassé -, de votre 30° anniversaire, plus vous risquez d’avoir développé certains défauts, comme du bon goût et du discernement, ce qui vous rends aussi emmerdants, dans l’idée de vous vendre un film, que… et bien, si vous aviez un vagin.

Ce qui nous laisse avec un seul quadrant : les hommes de moins de 25 ansà qui sont destiné la majorité des films, l’idée étant qu’ils goberont tout ce qui leur passera sous la main du moment que c’est assaisonné avec les bons ingrédients. Voilà pourquoi, si vous jetez un coup d’oeil au genre de films hollywoodiens prédominants récemment – action, comédies lourdasses, adaptations inspirées de jeux/jouets/attractions/comics, horreur – et  que vous rajoutez une bonne giclée de Red Bull aux sus-cités ainsi que de la 3D, vous discernerez complètement la cible d’accros à la testostérone, dépendant d’ ADD, manquant de mémoire à court terme, et facilement excitables. Dans un monde dominé par le marketing, il était donc inévitable que le seul quadrant qui allait vraiment compter aller être le seul prêt à payer, même si la production est médiocre.


C’est le retour de « l’oeuf ou de la poule… », explique le producteur Vince Gilligan, le créateur de l’excellente ‘mais pourquoi ne fait-on pas d’aussi bons films‘ Breaking Bad. « Les studios disent : Personne ne vient de manière stable voir des films à part les hommes de moins de 25 ans, alors, faisons nos films pour eux. » Mais le problème c’est que si vous ne faites que des films pour eux, personne d’autres ne viendra voir les films. Hollywood est entrain de devenir comme Logan’s Run/L’Age de Cristal : « Vous venez d’avoir 30 ans, ils vous tueront« .

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